"Exit To Community": quand les entreprises US cherchent a sortir du capitalisme

Miaou :wave:

J’ai reçu hier une infolettre du projet Mirlo (plutôt 15, j’en connais qui ont des problèmes de mailing haha), une future coopérative de consommation musicale en réponse au rachat de bandcamp. Dans leur description, Mirlo décrit leur projet comme ayant pour objectif à long terme une « sortie vers la communauté » (Exit to Community, ou E2C).

Le principe est icelui: le projet commence comme une entreprise classique, se fait une place dans le paysage commercial, atteint un fonctionnement et une organization stable… mais si le projet prends de l’ampleir, l’entreprise ne sera pas vendue au plus offrant comme c’est souvent le cas (studios de jeux vidéo, rédactions, startup…) mais remise aux mains de la communauté.
Je n’ai pas pris le temps d’explorer le concept en détails, comment ils comptent y arriver et si certains l’ont déjà réussi, mais l’idée est développée par plusieurs groupes différents, et semble-t-il, de manière collective.

Une bonne nouvelle et source d’inspiration selon moi ! :smiley:

Si j’ai bien compris, le concept émane d’un groupe de réflexion issu d’une université dans le Colorado, qui publié un court fanzine explicatif (en anglais):

Si le contenu est intéressant, je peux me dévouer pour en traduire une partie ou la totalité, dans le but de le partager plus largement. :+1:

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Bonjour,

Ça pourrait être intéressant

A vrai dire d’habitude on voit le contraire arriver :

  1. Le projet se crée sans objectif commercial
  2. Le logiciel développé est utile, tant et si bien qu’il est adopté par de nombreuses personnes et entreprises
  3. La charge de développement pour répondre aux exigences de qualité professionnelles (corrections de bug) et aux demandes d’évolutions fait que le projet ne peut plus être maintenu par des développeurs bénévoles
  4. Les mainteneurs du projet créent une structure pour financer le projet (fondation parfois, entreprise souvent)
  5. Dans le cas d’une entreprise, ils vendent des extensions, du support, du SaaS, etc pour ramener de l’argent
  6. Et dans des cas extrêmes, ils modifient le licensing du logiciel pour une licence open-source encore un peu libre, mais plus tout à fait.
  7. Mécontents, certaines personnes dans la communauté ou certains contributeurs forkent le projet pour continuer à le maintenir dans l’esprit de comment c’était fait avant.
  8. goto 1;

Du coup concernant cette initiative ça me pose question (je n’ai pas lu l’article, peut-être l’information y figure-t-elle) :

  • Comment pourront-ils se financer dans la durée ?
  • Qu’est-ce qui nous garantit qu’ils feront ce qu’ils disent (les promesses n’engagent que ceux qui y croient) ?

Sekil

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Je me pose les mêmes questions.
Habituellement, les débuts sont difficiles et il faut trouver des fonds, qui sont donnés en échange d’un droit de regard sur les directions prises. Les généreuses structures donatrices sont rarement tentées par perdre leurs petits :wink:

Après lecture du livret en diagonale (c’est long ! avec beaucoup de
parties techniques !), j’en tire ces informations:

  • appliquer la méthode E2C, c’est essentiellement créer une startup
    « flexible et souple » capable de s’adapter rapidement au marché, puis une
    fois que son rôle et sa place sont stables, d’en rendre les rennes à
    ceux et celles qui l’utilisent et en ont besoin, cette communauté au
    coeur du projet mais dont la prise de décision notoirement lente ne
    gênera plus l’évolution (p.28)
  • la méthode E2C n’est pas un mode d’emploi avec des étapes détaillées,
    plutôt une réflexion ouverte et argumentée sur les manières de
    développer un service ou produit adapté et pertinent tout en se
    protégeant des dérives capitalistes. le livret propose cependant une
    liste détaillée des formes juridiques que peut prendre une initiative
    appliquant la méthode E2C, ainsi qu’une série de portraits d’autres
    d’initiatives qui s’en rapprochent (p.35)
  • le concept existe afin de définir et nommer la ligne directrice d’un
    projet, non-seulement pour ses utilisateurs et contributeurs, mais
    surtout pour ses potentiels investisseurs, qui peuvent être frileux à
    l’idée de mettre de l’argent dans un concept qui sors des normes et ne
    semble pas un investissement sûr

C’est un document clairement destiné aux résidents états-unien, et donc
adapté à leur culture et législation, la libre compétition des
entreprises, et la prohéminence considérable des investissements privés,
comparés aux fonds de dotation et autres qui sont plus courants er
Europe (?).

Et pour répondre à tes questions @sekil :face_with_monocle:

  1. Comme expliqué précédemment, c’est un méthode qui se base sur des
    apports extérieurs, nottemment les investisseurs et la vente de parts
    dans l’entreprise. Je suis assez nul en économie mais je crois bien que
    c’est l’idée.
  2. Cette « promesse » de retour à la communauté en reste une sans
    engagement légal… ce qui est possible et décrit cependant, c’est comment
    empêcher l’entreprise de chercher la croissance infinie et la structure
    hiérarchique directement dans la formulation des documents légaux,
    relatifs nottemment aux parts de l’entreprise. Cette fois-ci, c’est en
    juridique que je suis assez nul, il faudra un avis d’expert là-dessus :sweat_smile:
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Je crois que je commence à saisir l’intérêt, parce que je n’abordais pas le sujet avec le bon prisme.

Les structures coopératives ou à but coopératives qui sont décrites dans cette méthode sont des « coopératives de travailleurs » qui possèdent leur entreprise. Ce sont donc avant tout des entreprises qui répondent à une demande du marché, mais dont les employés codirigent ou copossèdent la structure.
Ça peut donc être des entreprises de la tech qui développent du logiciel… mais aussi un supermarché coopératif, une entreprise du BTP, des travailleurs sociaux etc…

Le fait que ces entreprises adhèrent à des valeurs libristes, anarchistes, ou anticapitalistes n’est donc pas forcément leur raison d’être principale, mais plutôt un caractéristique commune qui relie ses membres actifs.
L’objectif principal de ces entreprises reste de faire de la thune, à un moindre degré certes puisqu’il ne s’agit « plus que » de dégager un salaire et des conditions de vie acceptables à ceux qui y travaillent.

La question que pose la méthode E2C est ce qu’il advient du service créé si le succès est rencontré. Dans la société américaine où les aides sociales sont bien moindres, il est intéressant de voir cette réflexion voir le jour, pour tenter de créer une activité rémunératrice et bénéfique qui perdure et qu’on lègue à nos pairs, tout en contrant les comportements de prédation et de destruction du marché capitaliste.

C’est effectivement une espèce de réflexion « à l’envers » de notre point de vue ! J’ai encore du mal à saisir l’intérêt des primo-investisseurs dans des projets comme ceux-là, et qui pourrait en être intéressé, mais encore une fois je trouve ça super inspirant de voir des idées et projets similaires développés avec un regard, des contraintes et des objectifs différents.
Je pense que nos initiatives respectives auraient des choses à se partager !

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Eh bien voilà qui réponds à l’une de nos questions: la première source d’investissement.
Ils semblent avoir opté pour le crowdfunding… ce qui m’étonne assez peu finalement: https://www.kickstarter.com/projects/mirlo/mirlo?ref=8qnosr

Il semblerait que les business angels ne se soient pas penchés sur le berceau de cette startup :roll_eyes::smile: j’espère quand même qu’ils auront du succès, le projet est intéressant.

merci beaucoup pour ta synthèse. intéressant en effet, c’est les trade union britaniques des années 70, en version syliconnée dans la vallée.