CHATONS - quelle vision pour le collectif?

Je m’essaie à une synthèse des échanges jusqu’ici, dites-moi si je me trompe :

Faire communauté autour des alternatives aux GAFAM/BATU/NATX/Big Tech semble être un dénominateur commun qui fait relativement consensus. Si la « charte » édicte un certain nombre de critères pour ces alternatives, les principes, qui justifient ces critères, et qui font qu’on juge une alternative désirable ou non, restent flous.

Quelle est là bonne taille - ou les bonnes tailles - pour ces alternatives ? Quelle est la place que doit occuper l'humain dedans ? Quelles garanties apportent le libre à l'utilisateur final (exemple selon moi : l'impossibilité de monter un monopole en verrouillant le logiciel) ? Quelles autres garanties sont désirables (exemple toujours contre les monopoles : la portabilité des données - oui je sais RGPD) ? La structure juridique et la (non-)lucrativité ? L'expertise technique (capacité de réponse à incidents, capacité de debug) et d'assurer un travail de maintenance ? Doit-on viser tout le monde ? Les personnes qui sont déjà prêtes à faire le pas et ont "une culture d'Internet" ? Des particuliers ou des structures ? Doit-on envisager l'impact social des technologies mise en oeuvre ?

Dans un des tous premiers emails de Pyg sur la ML, l’alternative se construisait selon 2 critères : « logiciels libres » + « vie privée ». Ça s’est traduit les années suivantes d’abord sur une grosse emphase sur les Conditions Générales d’Utilisation (CGU) et ensuite sur la chasse aux composants non libres dans les infrastructures. Depuis il y a d’autres critiques qui ont émergées dont la plupart ont été citées dans les messages de ce thread : (économie de l’attention, enshitification, juste besoin/low-tech, « fracture/médiation » numérique, invisibilisation du travail, etc.).

Quels sont les contours, les particularités, de cette alternative désirable ?


« Animer un réseau » est une façon envisagée de faire communauté autour des alternatives aux GAFAM, c’est à dire faire en sorte de faire émerger des initiatives, faire parler ces différentes initiatives entre elles, leur donner la possibilité de créer des projets transversaux, pour s’entraider, etc. via le camps CHATONS, les réunions mensuelles, et via des espaces d’échanges en ligne.

Pour moi, tout ces points extraits du GT asso sont rattachés a "animer un réseau" :
  • de favoriser l’apparition et le développement de fournisseurs de services en ligne libres éthiques et décentralisés ;
  • d’aider ses membres, et plus généralement toute organisation ayant des buts proches de ceux du collectif, par le partage des connaissances, des savoir-faire, des informations techniques, et plus généralement par tout moyen compatible ;
  • de mailler les initiatives des organisations membres sur les territoires
  • de faire émerger une communauté entre les initiatives
  • de valoriser les activités des membres
  • soutenir l’existence de ces initiatives et de petites structures, et lutter contre la centralisation des système d'information
  • de représenter ses membres dans ses relations : avec d’autres associations ou groupements similaires ou complémentaires, des entreprises, les pouvoirs publics, les instances et les juridictions communautaires et internationales, et dans ce cadre, d’être habilitée à ester en justice et à traiter d’aspects sociaux et réglementaires ou autres au nom de ses membres ;

« Être un point d’entrée » pour les alternatives aux GAFAM (ici je parle de l’annuaire et/ou de entraide.chatons.org par exemple). C’est quelque chose qui revient souvent aussi, et c’est surtout sur ce sujet que les critères/principes cristallisent les discussions. Une voie de sortie envisagée c’est un diagnostic multi-critère mais il y a des inquiétudes sur 1) la compréhensibilité de ces critères et 2) sur l’absence de critères obligatoires/minimum. Ça impliquerait aussi de revoir le site web en profondeur en lien avec le GT site web v3.

Pour moi, ces points suivants du GT asso sont liés à "être un point d'entrée":
  • faire émerger des pratiques numériques émancipatrices en promouvant les services alternatifs (la décentralisation de ces services)
  • de garantir aux internautes l'accès à des services respectant la charte ? la fiabilité des services proposés par les organisations membres

« Produire de la réflexion » sur les alternatives au GAFAM. Celui là n’a été proposé par personne, mais on se retrouve à plancher dessus quand même en ce moment, et je pense que ça vaut le coup de visibiliser ce travail. Ça a de la valeur, ne serait-ce que très prosaïquement, parce que ça va aider les CHATONS à communiquer auprès de leurs usager-es potentiel-les. Ça pourrait être bien d’en fabriquer quelque chose plus tard si ça aboutit (par exemple une présentation à une conf).

Cette idée de "produire de la réflexion" m'est revenue en lisant le texte de la FSF :

Nous avons beaucoup suivi l'aventure des CHATONS depuis sa création car vous tous avez commencé à défricher la voie difficile des services web d'une manière inspirante. [...]

Alors la FSF est de base très méfiante des « services à distance » et donc des « fournisseurs de services numériques » comme CHATONS, elle préférerait probablement que les gens s’auto-hébergent. Et en même temps, on sait que le « self-hosting individuel » ne sera probablement pas une réponse à tout (en témoigne le message de LJF, développeur de Yunohost, en témoigne l’expérience de FFDN avec la brique internet qui a épuisé le support de certains FAI associatif, mais aussi plus simplement le message de sensor56).

Le message de sensor56 est particulièrement intéressant car il fait écho à un billet de Picasoft sur la maintenance. Le GT Asso parle aussi de "garantir la fiabilité des services", service qui sont fiables à mon avis que si ils sont "bien maintenus". C'est peut-être ça qu'il nous faut comme point de départ : l'informatique a besoin de maintenance, et les CHATONS pourraient être une façon de mutualiser cette maintenance sans avoir recourt aux Big Tech.

Et lors de nos nombreux échanges, des éléments ont émergés aussi sur comment créer cette confiance nécessaire à cette mutualisation, qui peut se construire en dehors du champs du "logiciel". Je pense à un message de Maxime sur le forum, à propos des sauvegardes par exemple. J'avais proposé aussi quelques réflexions en ce sens aux JDLL 2023 dans une présentation intitulée "entre-hébergement", en se disant que plutôt de "décréter une fausse indépendance", il était plus avisée de "choisir ses dépendances".

Ça me fait dire qu'il y a peut-être quelques axes pour réfléchir là comme mutualisation & partage du travail, fiabilité & maintenance, et confiance & dépendance. Ou pas :person_shrugging: ^^


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